Ma pratique artistique cherche à rendre perceptible ce que provoquent les violences intrafamiliales : un rapport à l’habitat devenu flou, poreux, étranger, ainsi qu’une forme de mort de l’intimité. Cet effondrement convoque des notions de deuil, de survivance et de rituel, qui traversent l’ensemble de mon travail.
À travers le volume et l’installation, je fais émerger des espaces au sein des lieux dans lesquels j’interviens. Je m’attache à leurs architectures, leurs identités et leurs singularités, tout en les mettant en tension afin de les faire glisser vers des espaces de seuil, marqués par la fragilité et la porosité. J’explore la manière dont les corps et les regards y circulent, s’y déposent ou s’y contraignent, et comment ces espaces influencent en retour leur perception, leur mémoire et leur capacité à habiter.
Mon travail s’articule autour de compositions et d’accumulations d’objets, d’archives, personnelles ou non, d’éléments architecturaux, de verre, de mobilier, de souvenirs glanés. Ces éléments s’inscrivent dans une interstice entre le rituel, la domesticité, l’objet transitionnel et les formes du deuil. Arrachés de leur contexte, ils révèlent aussi la banalité des violences elles-mêmes.
Chargés d’une dimension obsessionnelle et parfois presque fétichiste, ces objets persistent comme des témoins silencieux de ce qui subsiste après les violences. Ils deviennent à la fois objets de soin, de réparation et de survivance, pris dans une tension constante entre deuil et persistance.
Mon travail se loge donc dans un entre-deux, dans l’assemblage de notions hybrides et contradictoires, entre refuge et menace, protection et effraction, présence et absence. Il tente de rendre sensible la difficulté du deuil, tant que la fragilité des seuils, et la manière dont leurs frontières peuvent être aperçues, traversées, déplacées ou rompues.
My artistic practice seeks to make perceptible the effects of intrafamilial violence: a relationship to dwelling that has become blurred, porous, and at times estranged, as well as a form of death of intimacy. This collapse calls upon notions of mourning, survival, and ritual, which run throughout my work.
Through sculpture and installation, I inscribe spaces within the places in which I intervene. I engage with their architectures, identities, and singularities, while placing them under tension in order to shift them toward threshold spaces marked by fragility and porosity. I explore the ways in which bodies and gazes move through these spaces, settle within them, or become constrained by them, and how these spaces in turn shape perception, memory, and one’s capacity to inhabit.
My work is structured through compositions and accumulations of objects, archives—whether personal or not—architectural elements, glass, and furniture. These elements exist at the intersection of ritual, domesticity, transitional objects, and forms of mourning. Stripped from their everyday banality, they also reveal the banality of violence itself.
Charged with an obsessive and sometimes almost fetishistic dimension, these objects persist as silent witnesses to what remains after the violences. They become at once objects of care, repair, and survival, caught in a constant tension between mourning and persistence.
My work thus inhabits an in-between space, within the assemblage of hybrid and contradictory notions: refuge and threat, protection and intrusion, presence and absence. It seeks to make perceptible both the difficulty of mourning and the fragility of thresholds, as well as the ways in which their boundaries may be perceived, crossed, displaced, or broken.